J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

dimanche 22 janvier 2017

pensées


le regard toujours au-delà
les bulles de souvenirs jaillissent
visage maternel et brassées de lunaires

sourire d'hiver face à l'absence
ricochets de pensées
méandres de mots

immobile
on retient
son souffle




 

vendredi 20 janvier 2017

Du lieu, 1


 Voici ma participation à l'atelier d'hiver de François Bon, exercice 1. Lire les explications  sur son site Tiers Livre.

quel que soit l’itinéraire emprunté dans la ville, cela finit toujours ici ; si j’arrive par le tram remontant  la grand’rue, ce n’est pas loin de l’arrêt « hôtel de ville » ; il suffit de prendre la première rue à droite sur une centaine de mètres ; mais jamais je ne viens ici en premier, je laisse monter l’envie ; une fois arpentées toutes les rues qui m’importent , la plupart du temps ce sont les rues de l’enfance, je finis par échouer ici ; là où se laissent voguer les langues ; de gauche à droite et de bas en haut ; et de l’avant vers l’arrière ; et même dans l’au-delà des murs à peine dévoilé par une porte entrebâillée ; il y a deux entrées mais une seule sortie; j’entre toujours par la porte automatique qui ne s’ouvre que pour embarquer ; un trousseau de pensées ou d’histoires repose là ; des kilos de mots concassés ; certains s’en dispensent, pour moi c’est mon grand large ; s’il vous plait je cherche un livre, je sais plus l’auteur ; je l’ai entendu à la radio ; il parlait des lointains ; c’était la semaine dernière ; çà vous dit quelque chose ; c’est le lieu du tâtonnement et des rencontres ; parfois violentes comme un coup de vent entre les allées d’un parc ; la langue déplace et on se sent paquebot dans les arbres avide d’un air plus respirable ; non j’achète rien aujourd’hui, je regarde c’est tout ; oh t’as vu le dernier Quignard ; oui une autre fois ; de toute façon je finirai par l’acheter ; alors maintenant ou la semaine prochaine ; circuler dans un gigantesque abécédaire infiltré de remous ; on trouve tout, en vrac ; on furète jusqu’à rêver sur les chemins noirs ou écouter nos défaites ; on évite malgré tout de plonger dans la plénitude du vide ; on se dit que le tout, le rien et le reste suffira peut-être ; on essaie de ne rien lâcher ; bonjour je cherche le prix Goncourt ; je sais pas son nom ; ne pas savoir ce que l’on cherche , c’est comme ne plus se souvenir de la question mais chercher quand même des réponses ; serait-ce tenir une sorte de vérité dans la paume que de prendre un livre entre ses mains ; dans le désordre des jours c’est manière de regarder le soleil en face avec une incertaine fascination pour le vertige ; je voudrais un livre pour quelqu’un qui n’aime pas lire ; ne pas oublier ce sentiment d’inquiétude qui enserre parfois ; le rayon histoire ce n’est pas pour moi, je ne sais pas pourquoi ; le rayon philo, là-bas tout au fond, je le caresse des yeux ;de toute façon je n’ai plus de place pour ranger les livres à la maison ; il y a souvent un représentant qui vante ses ouvrages et parle fort ; je comprends rien au classement, ils ont encore tout changé ; les « beaux » livres sont dans la première zone, avec les Pléiades au sommet de l’échelle réservée ; les cartes routières et livres de voyage à gauche, puis théâtre et poésie à droite ; la seconde zone est un grand espace pour la « littérature » française et étrangère avec des tables basses et rondes pour les nouveautés ; les livres de poche sont sur le côté ; comme j’aimais le magasin d’avant, que l’on nommait la pochetèque qui concentrait des livres aux prix abordables ; mes doigts caressaient les tranches des livres ; j’étais imbattable sur les prix des collections selon le nombre d’étoiles attribué à chaque livre ; j’aimais aussi les petits catalogues où mon plus grand plaisir était de rayer de rouge les titres en ma possession et entourer en bleu ceux que j’espérais ; t’as vu le prix, cherche autre chose, regarde là il y a des petits recueils sympas, non ; quelques marches sur la gauche et on rejoint le côté des bandes dessinées, les livres pour enfants, les ouvrages techniques ; les présentoirs où s’étale la presse viennent enfin près des caisses et de la sortie ; lorsque je n’ai rien pêché sur la rive de la littérature, je prends dans mon filet quelque revue ; le dernier matricule des anges ou quelque revue d’art feront mon miel ; ne  pas revenir sans rien

mercredi 18 janvier 2017

Tectoniques



Je rêve d'une parole qui se dédierait au silence
consentante à s'éteindre à ses mains nues
d'affamé

je guette leur baiser
leurs langues mêlées
ce qui se dit
et ce qui se tait

je rêve d'une parole et d'un silence
miracles l'un à l'autre

et pas loin
le murmure du fleuve
qui sait combien tous deux sont libres
et égaux en droit

Antoine Choplin Tectoniques ( Editions Le Réalgar 2016)

dimanche 15 janvier 2017

ce qui naît

fermer les yeux 
 
losange de bleu
 
large voile offerte au ciel

caresser un chant perdu
 
celui de l'horizon là-bas

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mercredi 11 janvier 2017

Limite



graphie de vie plus ou moins vide selon les jours parfois seulement meublés par l'attente mais toujours de l'air et des mots du blanc et de l'encre et même s'il n'y a pas de sens au bout nous reste au moins ce mouvement de vague qui porte ou a porté jusqu'en bout de page cette écume blanche qui bruit et se défait doucement sur le sable d'une nouvelle plage et ainsi de suite dans le ressac aussi monotone que varié du temps

Antoine Emaz " Limite" ( Tarabuste éditeur 2016)

samedi 7 janvier 2017

et puis se taire

les premières lèvres

d'un regard 
 
un air de tristesse qui passe

au nœud coulant de l’au-delà


la lumière s’écoule 
 
et tremble encore en moi 

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lundi 2 janvier 2017

kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu




Comment ? C’est ainsi que tu es trop tôt parti ! PAN, à bout portant. D’un seul coup de feu. Qui ne m’aura pas laissé le temps de te connaître. Mais qui résonne encore – PAN, à bout portant – dans la nuit. J’ignore s’il m’est permis de te tutoyer ; je pourrais ne pas m’adresser directement à toi, ne dire ni tu ni vous, les laisser parler, eux, les aînés, ceux et celles qui t’ont vue de leurs yeux vu. Seulement, eux se taisent, elles se taisent, et c’est ce silence, cette chape de plomb que je veux entailler. Je sais que mieux vaudrait me taire  à mon tour, respecter des morts au moins le silence, la boucler pour de bon, te rejoindre en tes ténèbres. Comme chacun de nous je présume, j’en ai l’ivresse les nuits d’insomnie, les nuits sans oubli, les nuits où l’on voudrait que le monde s’arrête, qu’un séisme ouvre la terre, que les murs tuent. Seulement, tu m’as visité en songe trop souvent ces nuits-là, nous avons guetté trop d’aubes côte à côte, je me suis senti trop de fois envahi par ton regard noir, vieillissant sous tes rides, pour qu’il me soit permis de continuer à t’ignorer ainsi, l’air idiot, sans souffler mot. Tu serais bien étonné de l’apprendre : tu te dis peut-être, depuis ta terre à toi, que tu n’es rien pour moi, rien pour ceux de notre temps. Mais sois rassuré. Tu ne seras pas un personnage. D’où ce tu que je veux te donner, d’où ce monologue que sur du papier je veux t’adresser.

Emmanuel Ruben "kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu" ( Les éditions du sonneur 2013)

samedi 31 décembre 2016

an neuf

                              à l'aube de l'an nouveau
                            s'enrubanner de tendresse
                            
                               BONNE  ANNEE  2017
                                

mercredi 28 décembre 2016

pour ne pas oublier

au milieu des ruines

elle prit un caillou

             un peu de vent

             un pan de bleu

             un morceau d'une vie

rhizome de l'au-delà du temps 
 
à lire pour trembler



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dimanche 18 décembre 2016

éclat d'un jour




                                nuage de givre 
                                lambeaux blancs 
                              sous les paupières

                          s'ouvre l'antre d'écume
                                mémoire repliée
                          sur ses rives fécondes

                           des rayons s'évadent
                              petits doigts d'air
                            comme un bouquet
                          

                          
                          
                      
                        

mercredi 14 décembre 2016

presque rien

le souffle du vent 
 
                              une phrase qui passe 
 
                              une épaisseur d’âme

                              une foison de printemps

 
les mots hors du vide
 
le silence et le souffle

dans l'empan d'une main 

lignes de bleu 


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lundi 12 décembre 2016

Ce qu'il faut


après des années passées à scruter un post-it collé à côté de mon écran où j’avais recopié ces mots de Virginia Woolf il me vient une idée délicieuse : j’écrirai tout ce que je veux écrire j’ai écrit un texte qui s’appelle tout ce que je veux c’est un long texte c’est une seule longue phrase qui m’a beaucoup occupée et que j’ai beaucoup occupée mais ce que j’ai fait avec ce monologue et que je m’apprête à faire ici pour la dernière fois je ne l’ai compris qu’hier après la dernière lecture publique que j’en ferai jamais

il y a un passage qui chaque fois me procure de la joie je suis sûre qu’il se trouve à l’exact milieu du texte je pourrais presque parier sur le nombre de mots qui m’en séparent puis de ceux qui m’en éloignent ce passage se trouve au cœur de tout ce que je veux lorsque je troue les poches de Virginia pour libérer les cailloux qu’elle y a mis et l’empêcher de se noyer chaque fois que je lis ce passage j’en refais la découverte heureuse en même temps que Virginia sauvée qui regarde les pierres tomber de ses poches trouées et les petites bulles qui remontent comme elle à la surface de la rivière chaque fois que je lis ça je le crois chaque fois c’est vrai chaque fois c’est vrai par l’écriture donc c’est vrai dans la réalité le temps de la lecture je sais maintenant que je n’ai écrit ce texte que pour ces quelques lignes parce que si on peut voir Virginia remonter à la surface et prendre sa respiration avec un petit sourire alors c’est vrai et si on peut voir la serviette éponge géante que j’ai préparée pour Virginia sauvée alors c’est vrai parce que l’écriture et la lecture c’est vrai c’est vrai pour ça c’est vrai pour voir c’est vrai pour voir la vie c’est vrai pour la sauver

Corinne Lovera Vitali " Ce qu'il faut" ( Editions Publie.net 2016)

samedi 10 décembre 2016

image


pousser la vision hors de la vue - les yeux sans fard - filtrer le regard - la profondeur du jour est là - le noir se repousse - on reste là  -  le monde pèse moins - attente au fond du puits - les mots flairent la lumière - l'aria de la sève - magie de l'image - intériorité du temps -  défricher l'image - déchiffrer le texte -  déchirer l'image -  se glisser entre - le temps intérieur - là-haut les racines

jeudi 8 décembre 2016

Description de San Marco




Les gens sous les arcades, les gens qui regardent les vitrines, qui se retournent, hésitent, s'interrogent, qui reviennent, passent de l'ombre au soleil à l'ombre au soleil à l'ombre; les pantalons clairs des hommes, les robes fraîches des femmes, les lunettes noires ou bleues, rondes, rectangulaires, ailes de papillons, dorées, incrustées de fausses pierres, les chapeaux, les fichus, les décolletés, les fards.  

                                    Quelques colonnes entrevues entre les deux doigts de                                                      cette main aux ongles étincelants.

Les gens assis aux tables des cafés, écoutant les valses et les tangos qui se répondent aux divers orchestres, déployant leurs journaux en toutes langues, se penchant pour rédiger leurs cartes postales, recharger leurs appareils photographiques, tournant le sucre dans leur tasse, débarrassant leur paille de sa gaine de papier, feuilletant leurs guides, comptant leurs lires, s'observant les uns les autres, spectacle les uns pour les autres, regardant les uns par-dessus les épaules des autres.

                                                      Une coupole apparaissant entre deux verres de jus de                                                            fruits.

Les gens qui coulent comme un flot, les groupes qui se font et se défont, les plus pressés se traçant un chemin parmi les autres, les fatigués cherchant une place, s'écroulant en s'épongeant, en s'éventant, se détendant, souriant, allongeant leurs jambes, se précipitant pour serrer la main à une vieille connaissance, l'invitant, lui faisant apprécier leurs achats et leurs découvertes.

......

Comment creuser le texte en coupoles?

Michel Butor " Description de San Marco" ( Gallimard 1963)