J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 16 février 2017

brumes des miroirs

liés et déliés

les trous de mon ombre 

 
essayer de
 
nouer l’oubli égaré 
 
dans les lointains de l'être


précaire amas de lumière



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lundi 13 février 2017

jeudi 9 février 2017

La poésie, comment dire

Errance, avec la poésie, à travers tout le langage: comme on cherche de l'ombre quand le jour est trop aveuglant, ou des lueurs, à tâtons, quand la nuit s'épaissit. Conquête et perte du langage. Conquêtes et pertes dans le langage. C'est vivre et mourir, écrire et se taire, dans l'arbitraire insondable, la passion qui n'est pas mesurable, des risques pris souvent dérisoires, et quel espoir ?

James Sacré "La poésie, comment dire?" ( André Dimanche éditeur 1993)

lundi 6 février 2017

marcher

à travers les rameaux s’envole 
 
l’odeur de feuille 
 
                                      dans chaque miette de lumière 
 
là où se pose la couleur

vers les lointains de soi


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mardi 31 janvier 2017

du rien sans doute




quel bleu
soudain
entre les murs

avec des mots
d'ombre
une voix vacillante

quelque chose
d'un désir écranté
de l'éternel retour

vendredi 27 janvier 2017

Quand je me deux

Trouvé dans une flaque d'eau de quoi infiniment
Passio passionnément longuement spéculer
Rien de spectaculaire une feuille rongée au fond
Rouge dessus la boue noire et ma tête telle une trogne
Réfléchie tel un arbre découpé sur le ciel
A la surface de l'eau de la flache spéculaire


Ma tête qui comprenait le vent les cumulus
L' œil coulant au soleil suspendu sans rayons
Pareil qu'une lune toute rouge qu'une peine très ancienne
fonde
Et encore autre chose depuis cette morte feuille
Une vieille main sur mon front rayé une main d'aïeule
Cette vieille sempiternelle main-là par temps de chien 


L'asile est lunatique comme la pluie et l'amour
Tout passe par la fenêtre un chat un philosophe
Un unidentified flying object un jour
Un jour une nuit un jour que le téléphone sonne
Par la fenêtre sonne par la fenêtre dégage
Assez légèrement pour cueillir ce nuage. 


Valérie Rouzeau " Quand je me deux" ( Editions Le temps qu'il fait 2009)

dimanche 22 janvier 2017

pensées


le regard toujours au-delà
les bulles de souvenirs jaillissent
visage maternel et brassées de lunaires

sourire d'hiver face à l'absence
ricochets de pensées
méandres de mots

immobile
on retient
son souffle




 

vendredi 20 janvier 2017

Du lieu, 1


 Voici ma participation à l'atelier d'hiver de François Bon, exercice 1. Lire les explications  sur son site Tiers Livre.

quel que soit l’itinéraire emprunté dans la ville, cela finit toujours ici ; si j’arrive par le tram remontant  la grand’rue, ce n’est pas loin de l’arrêt « hôtel de ville » ; il suffit de prendre la première rue à droite sur une centaine de mètres ; mais jamais je ne viens ici en premier, je laisse monter l’envie ; une fois arpentées toutes les rues qui m’importent , la plupart du temps ce sont les rues de l’enfance, je finis par échouer ici ; là où se laissent voguer les langues ; de gauche à droite et de bas en haut ; et de l’avant vers l’arrière ; et même dans l’au-delà des murs à peine dévoilé par une porte entrebâillée ; il y a deux entrées mais une seule sortie; j’entre toujours par la porte automatique qui ne s’ouvre que pour embarquer ; un trousseau de pensées ou d’histoires repose là ; des kilos de mots concassés ; certains s’en dispensent, pour moi c’est mon grand large ; s’il vous plait je cherche un livre, je sais plus l’auteur ; je l’ai entendu à la radio ; il parlait des lointains ; c’était la semaine dernière ; çà vous dit quelque chose ; c’est le lieu du tâtonnement et des rencontres ; parfois violentes comme un coup de vent entre les allées d’un parc ; la langue déplace et on se sent paquebot dans les arbres avide d’un air plus respirable ; non j’achète rien aujourd’hui, je regarde c’est tout ; oh t’as vu le dernier Quignard ; oui une autre fois ; de toute façon je finirai par l’acheter ; alors maintenant ou la semaine prochaine ; circuler dans un gigantesque abécédaire infiltré de remous ; on trouve tout, en vrac ; on furète jusqu’à rêver sur les chemins noirs ou écouter nos défaites ; on évite malgré tout de plonger dans la plénitude du vide ; on se dit que le tout, le rien et le reste suffira peut-être ; on essaie de ne rien lâcher ; bonjour je cherche le prix Goncourt ; je sais pas son nom ; ne pas savoir ce que l’on cherche , c’est comme ne plus se souvenir de la question mais chercher quand même des réponses ; serait-ce tenir une sorte de vérité dans la paume que de prendre un livre entre ses mains ; dans le désordre des jours c’est manière de regarder le soleil en face avec une incertaine fascination pour le vertige ; je voudrais un livre pour quelqu’un qui n’aime pas lire ; ne pas oublier ce sentiment d’inquiétude qui enserre parfois ; le rayon histoire ce n’est pas pour moi, je ne sais pas pourquoi ; le rayon philo, là-bas tout au fond, je le caresse des yeux ;de toute façon je n’ai plus de place pour ranger les livres à la maison ; il y a souvent un représentant qui vante ses ouvrages et parle fort ; je comprends rien au classement, ils ont encore tout changé ; les « beaux » livres sont dans la première zone, avec les Pléiades au sommet de l’échelle réservée ; les cartes routières et livres de voyage à gauche, puis théâtre et poésie à droite ; la seconde zone est un grand espace pour la « littérature » française et étrangère avec des tables basses et rondes pour les nouveautés ; les livres de poche sont sur le côté ; comme j’aimais le magasin d’avant, que l’on nommait la pochetèque qui concentrait des livres aux prix abordables ; mes doigts caressaient les tranches des livres ; j’étais imbattable sur les prix des collections selon le nombre d’étoiles attribué à chaque livre ; j’aimais aussi les petits catalogues où mon plus grand plaisir était de rayer de rouge les titres en ma possession et entourer en bleu ceux que j’espérais ; t’as vu le prix, cherche autre chose, regarde là il y a des petits recueils sympas, non ; quelques marches sur la gauche et on rejoint le côté des bandes dessinées, les livres pour enfants, les ouvrages techniques ; les présentoirs où s’étale la presse viennent enfin près des caisses et de la sortie ; lorsque je n’ai rien pêché sur la rive de la littérature, je prends dans mon filet quelque revue ; le dernier matricule des anges ou quelque revue d’art feront mon miel ; ne  pas revenir sans rien

mercredi 18 janvier 2017

Tectoniques



Je rêve d'une parole qui se dédierait au silence
consentante à s'éteindre à ses mains nues
d'affamé

je guette leur baiser
leurs langues mêlées
ce qui se dit
et ce qui se tait

je rêve d'une parole et d'un silence
miracles l'un à l'autre

et pas loin
le murmure du fleuve
qui sait combien tous deux sont libres
et égaux en droit

Antoine Choplin Tectoniques ( Editions Le Réalgar 2016)

dimanche 15 janvier 2017

ce qui naît

fermer les yeux 
 
losange de bleu
 
large voile offerte au ciel

caresser un chant perdu
 
celui de l'horizon là-bas

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mercredi 11 janvier 2017

Limite



graphie de vie plus ou moins vide selon les jours parfois seulement meublés par l'attente mais toujours de l'air et des mots du blanc et de l'encre et même s'il n'y a pas de sens au bout nous reste au moins ce mouvement de vague qui porte ou a porté jusqu'en bout de page cette écume blanche qui bruit et se défait doucement sur le sable d'une nouvelle plage et ainsi de suite dans le ressac aussi monotone que varié du temps

Antoine Emaz " Limite" ( Tarabuste éditeur 2016)

samedi 7 janvier 2017

et puis se taire

les premières lèvres

d'un regard 
 
un air de tristesse qui passe

au nœud coulant de l’au-delà


la lumière s’écoule 
 
et tremble encore en moi 

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lundi 2 janvier 2017

kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu




Comment ? C’est ainsi que tu es trop tôt parti ! PAN, à bout portant. D’un seul coup de feu. Qui ne m’aura pas laissé le temps de te connaître. Mais qui résonne encore – PAN, à bout portant – dans la nuit. J’ignore s’il m’est permis de te tutoyer ; je pourrais ne pas m’adresser directement à toi, ne dire ni tu ni vous, les laisser parler, eux, les aînés, ceux et celles qui t’ont vue de leurs yeux vu. Seulement, eux se taisent, elles se taisent, et c’est ce silence, cette chape de plomb que je veux entailler. Je sais que mieux vaudrait me taire  à mon tour, respecter des morts au moins le silence, la boucler pour de bon, te rejoindre en tes ténèbres. Comme chacun de nous je présume, j’en ai l’ivresse les nuits d’insomnie, les nuits sans oubli, les nuits où l’on voudrait que le monde s’arrête, qu’un séisme ouvre la terre, que les murs tuent. Seulement, tu m’as visité en songe trop souvent ces nuits-là, nous avons guetté trop d’aubes côte à côte, je me suis senti trop de fois envahi par ton regard noir, vieillissant sous tes rides, pour qu’il me soit permis de continuer à t’ignorer ainsi, l’air idiot, sans souffler mot. Tu serais bien étonné de l’apprendre : tu te dis peut-être, depuis ta terre à toi, que tu n’es rien pour moi, rien pour ceux de notre temps. Mais sois rassuré. Tu ne seras pas un personnage. D’où ce tu que je veux te donner, d’où ce monologue que sur du papier je veux t’adresser.

Emmanuel Ruben "kaddish pour un orphelin célèbre et un matelot inconnu" ( Les éditions du sonneur 2013)

samedi 31 décembre 2016

an neuf

                              à l'aube de l'an nouveau
                            s'enrubanner de tendresse
                            
                               BONNE  ANNEE  2017
                                

mercredi 28 décembre 2016

pour ne pas oublier

au milieu des ruines

elle prit un caillou

             un peu de vent

             un pan de bleu

             un morceau d'une vie

rhizome de l'au-delà du temps 
 
à lire pour trembler



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