J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 19 octobre 2017

Hodie, géographie


dans la rivière une géographie du poème avec des horizontales pour apaiser, des verticales pour l'équilibre, un cran de bleu des taches de rouge abreuvant le vert de l'infini: le canevas d'un simple jour d'automne où tout semble sourire. on se cache mutin derrière le paravent de feuilles pour guetter le héron blanc qui, royal, s'envole au travers de cette lumière rousse, et s’éloigne serein . les yeux lestés d'amples ailes, aller libre au gré du pas sans crainte et sans hâte, avec le souffle profond qui irradie tout le corps, on pourrait marcher sans fin et encore plus loin.

mardi 17 octobre 2017

Hodie, ce qui n'est pas visible



secourir ce qui n'est pas visible , ce qui se garde à l'abri, ce qui échappe ou se retire dans l'obscur, ce qui se tapit dans le silence, ce qui frissonne dans une goutte d'eau, ce qui usé dans la mémoire frémit, ce qui entre les doigts s’est effiloché, ce qui du flou s’arabesque, ce qui a fait chanter le monde avec Orphée. et même si tout ange est terrifiant, comme il est salutaire de percevoir un brin d’éternité à l’aplomb d’un trois fois rien, et d’entendre dans l’au-delà des mots ce qui brille comme en un rai de lumière. 

Pascal Quignard
Rainer Maria Rilke 
(texte écrit après avoir lu un article sur le blog de Nema Revi Sentiers de neige)

vendredi 13 octobre 2017

Hodie, écorce



écorce palimpseste où se lisent les fragments tissés de la mémoire, les bégaiements des jours enfuis ou jetés avec les morceaux d’ardoise brisée . déchiffrer l'arc-en-ciel des connivences, lire dans l'aura de l'écorce, suivre le fil retors de la phrase qui n'en finit pas de s'enrouler sur elle-même, cerner le motif et laisser libre cours au courant d'air, s'accorder au tempo de la voix qui murmure. il reste à décoder les présages inscrits, caresser le relief des caractères de cette langue qui hausse l’esprit vers l’étonnement, mots cailloux que l’on serre entre ses doigts lorsque la faim du monde tenaille.

mercredi 11 octobre 2017

les mots au simple

un pan de bleu

un peu de vent 
 
                                           trembler et 

                                           ne pas oublier 

 
chemins derrière le bleu

vers la blessure étonnée


je est rhizome 
 
au milieu des ruines 

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lundi 9 octobre 2017

Hodie, halte


ils avaient l'air de sentinelles usées par les ans invitant à une halte ou une prière, ou, au moins, à un de ces longs regards qui brisent le pas sur des chemins de poussière. le temple ainsi dessiné inciterait à imaginer Jacob, la tête posée sur une pierre emplie de sa vision d'anges sur l'échelle du ciel, avec les mots de peu qui s’écrivent ensuite: la porte du ciel . alors, on reste sur ce seuil en laissant des brassées d’air passer entre les yeux et la lumière résonner dans une épaisseur de sang offrant au jour une langue inédite.

mercredi 4 octobre 2017

Hodie, source




où poursuivre les lueurs d'un matin, à la recherche d'une source, où découper un espace pour se perdre et se retrouver au travers d'un temps qui a passé, où écouter la puissance du silence des bruyères happé par l'immensité, où se désencombrer de son ombre dans cette lumière venue d’un dehors que l’on n’espérait plus, où au bout du compte  la vie en soi palpite et le cœur  bat plus vite, où le monde, l’autre, celui de la haine n’a plus place, où le jour ne pèse plus de sa douleur, où on ne sait pas vraiment quoi se diffuse

samedi 30 septembre 2017

Hodie, traces



Seules les traces font rêver*: c'est par ces craquelures que l'œil est aimanté et oublie les entours. les blanches blessures au liseré bleu grattées comme les écorces de platanes quand des cartes imaginaires faisaient leur apparition, des écorchures d’un temps qui n’a plus court, des sédiments d’une époque disparue, les écailles d’une enfance en sourdine mais qui n’en finit pas de surgir des décombres par surprise et de tarauder nos jours. murmure d’un mur sous la chimie de la décomposition, méli-mélo d’images noyées en un tas de gravats, souvenirs reconstruits, légendes de l’enfance.  repartir avec la trace d'un sourire.

*René Char

jeudi 28 septembre 2017

comme si les mots hors du vide

dans l'empan d'une main 
 
le ciel offre une dernière chance 
 
vingt lignes de bleu


une voix délicate

le souffle du vent 
 
comme une phrase qui passe 

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lundi 25 septembre 2017

Cabane d'hiver

 

21.01.13


Paris.
départ.
la neige a légèrement fondu.

arrivé sur le Causse.
en l’espace de 8 à 9 h : neige relativement abondante dans Paris, les rues restant blanches – chaleur, tee-shirt à Montpellier – pluie-neige au moment d’émerger sur le plateau, au Caylar – courses – arrivée dans la yourte un peu avant 16 h, et là soudain tempête de neige qui a tout blanchi en l’intervalle de 4 à 5 minutes… – suivie, une demi-heure après, d’un grand coup de pinceau de soleil jaune sur la neige fraîche tombée.
vent d’ouest.
et puis aussi, 3 arcs-en-ciel dans la même journée. ça ferait presque la dose pour un an…
aménager la yourte, lancer le poêle tout d’abord, étanchéifier au maximum contre les courants d’air et quelques légères fuites d’eau, puis installer le coin bureau, en premier toujours, enfin le coin lit, sortir mes petites affaires, sortir les livres, ranger la bouffe.
gérer le très peu d’électricité solaire, à garder au moins pour faire tourner l’ordi. le reste ce sera à la bougie et ça suffira.
se faire un café et un whisky pour fêter ça.
écrire…
déjà, écouter le vent.

quasi euphorique.

l’excitation redescend peu à peu. se rendre compte très vite que le bureau est un peu loin du poêle… mais je sais d’expérience comme l’on s’accoutume au froid.
entendre le vent.

dans mon dos, derrière la cloison de feutre et de toile, l’immense espace.
lancer les Suites pour violoncelle de Bach, à tout petit volume.
écouter le vent, qui a eu une absence de quelques secondes.
entendre.

tout ça exactement ce que je voulais.
déjà quelque chose se pose.

vivre un mois là.

se concentrer sur écrire. méditer, marcher.
sur vivre.

sortir les manuscrits que j’ai imprimés avant mon départ.

quasi pas de connexion. une barrette par satellite. et c’est tant mieux que ce tuyau-là soit tout petit.
juste réussi communiquer aux plus proches que bien arrivé, heureux.

écrire ce qui se passe.
écouter.

devenir muet. peut-être.

fonctionner dans une économie du peu.

dire ce qui se passe. dire clair.
écrire.
respirer.

Fred Griot " Cabane d'hiver" ( Editions Publie.net)


jeudi 21 septembre 2017

souvenirs des voix

ils reposent sages
 
au milieu de la voix 
 
savourer les embruns 
 
renifler les écorces 

mettre au monde le sac d’air

 
confier au vent 
 
les langues de partage

mardi 19 septembre 2017

scala céleste

 

Assise sur la margelle d’un puits, dans le jardin de cette maison qui pourrait être la sienne, elle découvre et regarde avec étonnement ce qui s’élève là devant ses yeux : dans le brouillard dense calfeutrant la vallée, quelque chose brille par intermittence, prend de l’ampleur, s’épanouit vers un infini qu’on sait bien ne pas pouvoir atteindre, mais tend vers, malgré tout, ce ciel inaccessible. On dirait un voilier voguant sur un tapis d’herbe drue, arborant fièrement une sorte de légèreté en dépit de sa pesanteur métallique, de ses grosses roues récupérées sur d’anciens chars qui se sont usées sur les chemins caillouteux du village, de ses mâts de fer brillant de mille petits bouts de verre , les revêtant d’un habit de scène. Presque au centre de ce vaisseau se hausse ce qui pourrait se nommer échelle, à la verticalité troublante puisque ne semblant pas avoir d’extrémité dans ce brouillard où s’infiltrent quelques lueurs rendant encore plus énigmatique ce qui se hisse ainsi à l’assaut d’une croissance arborescente , mais qui prend le nom de scala céleste dans la bouche de son créateur : à fixer la scala avec le regard qu’ont les enfants, on se trouve pris de cette sorte d’ ahurissement qui brouille les idées, ôte toute pensée cohérente, et laisse enfin l’esprit se perdre dans un monde foisonnant de légendes ou récits qui le font s’embarquer dans des sphères où l’on ne peut progresser que dans un état second, proche de la stupeur. Quiconque découvre , au hasard d’une promenade, cette étrange sculpture, ne peut que s’arrêter, prendre le temps de la contemplation, et laisser voguer ses pensées dans un au-delà de l’ici et maintenant. Cette scala céleste n’a d’autre raison d’être que de conduire au songe éveillé, passant outre les barrières terrestres, liberté étant laissée à chacun d’ emprunter la verticalité de ses barreaux, non en chair et en os mais par l’esprit, et ainsi rejoindre ses rêves les plus fous, accompagné et protégé par les petites gouttes de verre qui tintent en se balançant sur les filins tendus pour maintenir la rectitude et la stabilité de l’ouvrage. A l’avant ou à l’arrière, on ne sait pas trop, de la sculpture géante, un siège métallique, comme il s’en trouvait autrefois sur les machines agricoles de type faucheuse , incitant à venir conduire cette machine de l’imaginaire. Cette scala céleste, lorsqu’on accepte le pacte qu’elle propose, à savoir de se débarrasser de la gangue des pensées vert de gris, d’une rationalité de rouille et de plomb qui nous encombrent au jour le jour, fait grimper , barreau après barreau, à la mesure de son imaginaire, vers ce visage d’un monde presque oublié, un ailleurs , celui de l’enfance retrouvée.


(Texte faisant partie du recueil "On ne pense pas assez aux escaliers" fruit d'un atelier d'écriture en ligne animé par François Bon et paru récemment chez Tiers livre éditeur)

La photo est de Jean-Claude Borowiak créateur de la scala céleste qui a inspiré ce texte.

samedi 16 septembre 2017

La nature exposée



J'habite près de la frontière, au pied de montagnes que je connais par cœur. Je les ai apprises en chercheur de minéraux et de fossiles puis en alpiniste. Le commerce de ce que je trouve et de petites sculptures en pierre et en bois me procure un gain aléatoire.
Je grave des noms pour les amoureux endurcis qui les préfèrent sur des branches et des cailloux plutôt que sur des tatouages. Ils durent plus longtemps sans pâlir. Je cherche des racines sèches, des pierres qui ressemblent à des lettres de l'alphabet. Faciles à dénicher celles en forme de cœur, en remontant le lit des torrents à sec. Les autres formes plus irrégulières je les trouve dans les pierriers, où s'entassent les débris des parois. Dans la nature, il existe des abécédaires.

Erri De Luca " La nature exposée" ( Gallimard 2017)

mercredi 13 septembre 2017

bibliothèque bleue

 

ineffable le bleu
un caillou d'au-delà
sur la rive là-bas

du bout de la langue
il délivre le déluge
profonde heure du chant

il est de ciel de songe
il est désir de souffle
et souffle de désir

Du 5 au 30 septembre a lieu à la médiathèque de La Ricamarie dans la Loire une exposition "une bibliothèque bleue chapitre 2" où je participe. 

 

lundi 11 septembre 2017

Hodie, dessin


braises de l'océan parfois magiques, malgré la grisaille persistante du jour, où s'ébauchent les dessins que l'on veut bien prendre la peine de regarder. à vague levée puis couchée, les arabesques suspendent l’instant, dialoguent avec le sable, jouent avec l’inclinaison, captivent la lumière rasante jusqu’à former ces dessins éphémères que traque le regard effervescent prêt à se perdre. les yeux d’os s’égarent, cherchent, ratissent l’espace provisoire, s’accrochent à cette carte intime qui se déploie à nos pieds, comme on lit un poème dans un livre que nos doigts ont ouvert au hasard et qui se balbutie sur nos lèvres reconnaissantes.

mercredi 6 septembre 2017

Hodie, passerelle


passerelles de mots, d'images où se marient des visions sur les ailes d'un matin , que l'on tente de fixer sur une page ou dans le cadre d'une photo pour tenter de dire les quelques peu qui nous tiennent debout, et ne pas oublier. solitude qui joue à nouer des liens, entre un je et un tu , entre les couleurs subtiles de nos vies , entre les charrois d’images aux éclairs de couteau qui n’en finissent pas de nourrir nos regards. être ce funambule oscillant sur son fil, semblant survoler la terre, mais ne cherchant qu’à toucher l’autre rive.