J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 18 mai 2017

Visa pour Venise



Par 45° 14' nord et 12° 18' est, le navigateur qui remonte la côte adriatique de l'Italie découvre une faille dans la longue ligne basse du rivage. Et, s'il de dirige vers l'ouest, en suivant le mouvement de la marée, il entre dans une lagune. Aussitôt l'âpre tumulte de la mer se calme. L'eau d'alentour est peu profonde mais opaque, l'atmosphère étrangement translucide; les couleurs pâlissent et au-dessus de la vaste cuvette aux berges boueuses plane une vague mélancolie. On dirait une lagune albinos......

James Morris "Visa pour Venise" ( Gallimard)

mardi 16 mai 2017

Hodie, bord


on est devant mais on ne voit pas, on est devant un horizon endormi, déchiqueté par le souffle de qui ne sait pas où il met les yeux, on est devant la cicatrice qui laisse encore un peu d'espace à la blessure ne souhaitant pas qu'elle se referme trop vite afin de ne pas oublier, on suit du regard les doutes qui s’insinuent sur la bordure du jour, un oiseau pourrait se poser là et emplir de son chant la vision intérieure, inventer des secrets juste de quoi se faire un nid entre les morceaux de riens de nos vies


dimanche 14 mai 2017

Hodie, flou


de fragments en contours vagues cela dérive, prend un corps inattendu , se précipite dans une forme de fuite où des échos s'interpellent, se fusionnent, se déchirent entre les ombres, l'image se fait autre mais avec des paillettes dans les yeux toujours, les pépites s'embrasent quelque part dans le flou, les étoiles se multiplient, l’œil n’en finit pas de s’épouser, s’épuiser, il effleure le minuscule, entre dans l’ombre de l’ombre jusqu’à plonger dans le rien, se suspend à ce rien , creuse son chemin, retourne les mottes de l’être qui dort encore et remonte des éclats au bord du jour

vendredi 12 mai 2017

Hodie, ombre


instants du temps accostés, lianes entrelacées de souvenirs, souffle aveugle entre méandres des murmures et fumées de pensées sauvages, dense mémoire en remous avec des images délivrant des lambeaux de vie aux limites floues, archives incertaines sans début ni fin, tiroirs de nuit ouverts, paroles qui vacillent entre source de lumière et poussière d’ombre, désordre de trop de pailles au travers de l’œil, peur d’oublier tout un jour, ce qui se consume et ce qui fait socle, ce qui n’est rien et ce qui est tout, alors forcer le regard le couper le blesser l’inciser au rouge s’il le faut

mercredi 10 mai 2017

le dénouement




Comparée à la lenteur du départ, la fin de l'ascension me paraît brève. Dans l'étincellement des plaques de neige et le bleu coupant du ciel, j'émerge sur un plateau. Comment dire ce qui n'a pas de mots et pourtant les appelle? La beauté sauvage de cet autre côté. La présence fulgurante de l'inattendu. Territoire de lumière. Ouvert soudain sur un parfait désordre de neige, de terre, de feuillages et de roche. Avec le vent. Brutal et froid sur le visage. Contre le corps. L'espace en mouvement. Transparent. Cristal à perte de vue. Paume. Où je m'avance . Perdu.


Jacques Ancet " le dénouement" ( Editions publie.net 2017)

mardi 9 mai 2017

Hodie, bois




les yeux creusent l'écran plat du quotidien, glanent ce qui se perd dans les méandres d'un trop plein, cherchent dans l'ascèse du bois des images fugitives: les traces flottantes de la nuit, les lambeaux d'ailes d'aube qui cèdent au bleu du noir, les longues robes d’arbres au liseré d’usure, les caresses muettes perdues sous les écorces, et le violet des ombres se glissant à grands jets entre les branches basses couvrant d’un voile un peu désuet ce presque jardin, où il n’y a personne, puis se fixe flou à la pupille s’emmêlant à la chevelure des bouleaux au bleu matin

samedi 6 mai 2017

Hodie,noir et blanc


cadrer ce qui est dans son ciel avec l'usure des heures, les visages d'un soir, le gris de qui s'efface dans l'élégance d'un pas, les paroles perdues aux portes de l'oubli, les questions qu'on ne posera plus, les réponses à jamais enfouies dans la noirceur du temps, le corps qui semble un peu plus lourd chaque soir, et l'échappée floue de ces halos blancs, un élan, un frisson, un sfumato d'innocence vers qui nos yeux se tournent recherchant un viatique, une direction pour poursuivre la route, une aube un arbre à étreindre et quelques pelletées de mots à jeter

 

jeudi 4 mai 2017

dans le silence qui suit

des éclipses aux bout de la langue 
 
chercher en vain 
 
le soleil des mots

languir un reflet d'aube


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mercredi 3 mai 2017

Hodie, bleu pensée


ce sont des souvenirs bien rangés dans les cases de la mémoire, un peu à l'étroit parfois car le temps les resserre, mais il suffit du souffle d'une rencontre, d'un seuil que l'on franchit, d'un regard qui se fige dans les travées d'un jour quand cessent les questions et les bruits du monde, tout s'apaise soudain: la nasse bleue se laisse regarder, le ciel est derrière avec son parfum de narcisse ou de lilas, l'ombre des ombres caresse un peu les doigts, on laisse passer les pensées avec un sourire dans les yeux, le silence se glissant entre moi

 

jeudi 27 avril 2017

hodie, ocre d'ombre

on peut encore se redresser, forcer le regard vers les lointains, enjamber les obstacles des rebords, rechercher un peu d'air sans se replier dans les creux, construire des barrages aux mots qui ont le coup de fusil facile, engrainer de semences de bleu les vagues sombres qui incisent les vies, glisser dans l'ailleurs que maintenant, penser à fleur de visage, continuer à ensemencer de nos mots les steppes du poème, repriser les miracles du printemps, entretenir la braise de tout ce qui reste à rêver, respirer l'odeur de terre après la pluie, embrasser toujours et encore l'aube d'été



samedi 22 avril 2017

Hodie, ocre bleu


le visage du jour devant, avec la promesse du bleu, et se resserrent les yeux pour tout garder de la lumière qui découpe net  les mots et dit la terre raclée, le squelette du souvenir, le silence solide des secrets ensablés, les pans d'espoir qui se dressent, les petits riens de chaque matin qui affleurent comme autant de projets épaulant le cours des heures avec juste ce qu'il faut d'aile et d'air, cela se suffit, cela étreint en ce jour où nos grands yeux d'enfant s'enivrent de l'alphabet tressé des ocres bleus

 

jeudi 20 avril 2017

Hodie, ocre


creuser encore ce lieu où la mémoire se fige, tenter de mettre à jour toutes les fois où, toutes les pensées qui, tous les mots que, toute cette beauté dont, tout ce figé qui s'est enfoui et s'enfonce dans le socle du temps, grains de vie qui crissent sous le silence ou tremblent encore un peu au bout des doigts qui rangent les images une à une entre les pages du grand livre avant que tout ne s'efface, ne se défasse, sous la pluie et le vent de l'oubli, le calme oubli du dedans où se dissout le souvenir
 

mercredi 12 avril 2017

Hodie, réalité


les yeux effritent amenuisent ou distordent je ne sais quelle réalité étalée au petit matin, fuyant face au jour qui la dévoile en un fouillis de formes et de couleurs lourdes épaisses serrées les unes contre les autres et l'on ne sait plus si c'est encore la nuit ou si l'on déambule dans un théâtre d'ombres du bout du monde une sorte de jardin de nuit où errent des silhouettes ennoyées depuis longtemps et cela remue dans ce face à face liquide comme cette danse macabre aux contours effacés sur les murs de l'église qui n'en finit pas de hanter


lundi 10 avril 2017

Plage de lumière

dans les rizières de l'aube

le battement de l'écriture
 
une aile au cœur d’écume

à l'assaut du jour

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samedi 8 avril 2017

La phrase errante

Cela appelle, je ne sais pas d'où mais cela appelle, d'une voix sourde, lointaine, masquée, c'est peut-être une rumeur qui vient de l'océan, ramenée par les vagues sur ce rivage désert où je me tiens en alerte, sur le qui-vive et comme habité par la houle, une certaine façon de tanguer dans la langue et même un certain goût pour la naufrage, j'aime à imaginer que je dois ma survie à cette chose précaire et fragile, un morceau de bois déchiqueté, un mot brisé auquel je m'accroche dans la tempête, m'abandonnant ainsi à la dérive du Verbe comme il vient, balloté, emporté par la phrase sans trop savoir où elle me mène, ce qui est sûr c'est que ça remue dans mes confins, ça s'agite, ça fait des trous et même des bulles, l'horizon est déchiré d'éclairs, l'on dirait que la mer s'enflamme, que le ciel tout entier tombe dans le brasier, c'est dans ma bouche que cela brûle et j'attise le feu avec ma langue, la charnelle, la pulpeuse, fouillant les cendres,......

Alain Roussel "La phrase errante" ( Editions Le Réalgar 2017)