J'avance, avec de l'ombre sur les épaules. ( André Du Bouchet)

jeudi 17 août 2017

Décor Daguerre




Où ont disparu les battements de coeur, le souffle trop court, les cris? Les voix des voisins, des copains d'école? Les chants, les secrets résonnent-ils encore? Nos pas de 75, loin de la rue Daguerre, où s'inscrivent-ils: gravés sous la semelle? Métamorphosés en inaccessible circuit neuronal? Où passe ce qui, seconde après seconde, nous met en mouvement, nous transforme, nous constitue? Où s'en va ce qui, depuis la naissance, lie nos pensées
( nos pulsions)
( nos suppositions)
( nos hâtes)
(nos attentions)
( nos ignorances)
( nos déductions)
( nos découvertes)
( nos crispations)
( nos avancées)
( nos immersions)
( nos reculades)
( postures)
(révélations)
( nos hontes)
( nos bravades)
( toutes nos petites fictions livrées délivrées en liesse en secret) les unes aux autres?

Ce qui fait circuit, oui: à réinventer.

Anne Savelli " Décor Daguerre" ( Editions l'Attente mars 2017) 


lundi 14 août 2017

lapidaire


silhouette de pierre
sur l'eau qui se perd 
seuil d'eau où 
se lavent les mots
secrets percés d'ajours où
solide se balance un songe

jeudi 10 août 2017

sans d’autre présence que le silence

faire monter l’intense

à l'abri des rafales


regarder écouter

éveiller les ombres


frotter la langue

pour suturer le temps 


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mercredi 26 juillet 2017

Hodie, un songe





















façades fatiguées, délavées, intenses et saisissantes dans l’attente de libérer les rêves enfenestrés, visages de rouille où la mémoire superpose ses strates et cèle ses griffures, espace d'un dedans clos et secret, dépouillé de toute présence visible mais emplie de souvenirs lourds de l’incessant passage du temps. murs d'ombre et de lumière où le coeur cogne en un ressac sur la paroi , partition d'un possible encore qui s’écrirait, enduit du désir fluctuant d’être, à la face du grand silence qui recouvre les jours. des doigts à la pierre, dans les interstices, un songe se tisse bleui d’un insaisissable présent.

Photos de tableaux de Safet Zec vus dans une galerie d'art à Paris après avoir découvert l'exposition Exodus à Venise.

jeudi 20 juillet 2017

comme une caresse à l'aube

la secousse du matin
ce pourrait être
les mots rares
à la verticale de mes rêves

mais à cause de cette joie
au baiser de sa bouche
l'attente d'une étincelle 

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lundi 17 juillet 2017

pénombre ou lumière

chercher le fantôme
de la phrase
 
tintement du cristal fracassé
à force de marcher en soi 
 
dessous c'est le même mot encore
comme un sentiment de joie

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mercredi 5 juillet 2017

dans le bleu de l'oeil


perce un léger rayon
doucement je m'égare
me fais algue
entre deux nuages
ce jour s'écrit

 

dimanche 2 juillet 2017

Hodie, nuit



à la lumière insaisissable d'une danse sans sagesse
un sillage de lune susurré dans un labyrinthe d'eau
champ de sourires ou écho lointain de murmures


déplier un quotidien perdu sous papier calque
des mémoires délivrées se racontent nues
une forme de regard sur l’essentiel posé
fleurit une poésie en veine et sève


sur les lèvres des cavatines folles
les ombres s’effacent fluides
une rêverie simple se délie
un souffle d’aube bleue
se respire au fil d’eau


de quoi se faire un nid
avec la tête à l’envers
et des pensées fortes
de lumière et d’ombre
suspendues perdues
époustouflées bleues



jeudi 29 juin 2017

Le silence même n'est plus à toi



Écrire, contre la nuit, avec la nuit... Avec sa langue, ses hésitations, ses répétitions... À l'aide de ses mots somnambuliques, de sa mémoire qui se terre en elle-même... À la flamme vacillante d'une bougie qui brûle toujours dans le cœur, au point de bascule... À la lueur d'une étoile qui continue de briller, bien que morte depuis longtemps, et que tu as rapportée des confins... Regarder la nuit où ne pénètre aucun regard, enfermer le vide infini entre les points et les lignes, tracer des embranchements dans l'obscurité, toucher de ses mille doigts effilés les ombres et leurs objets....S'ouvrir de toutes ses forces à un cri noir auquel tu n'as pas su répondre, l'emplir d'une voix errante...Divaguer, se répercuter en écho dans les chuchotements de l'obscurité, s'évanouir et disparaître...

Asli Erdogan " Le silence même n'est plus à toi" traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes ( Actes Sud)

mardi 27 juin 2017

regarder le ciel

fragments de tant d'histoires
empreintes du silence
parmi les choses
                                             
                                sur une vitre creusée de bleu 

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jeudi 22 juin 2017

Hodie, désir


il y a quelque chose en nous qui s'insinue dans les chemins intérieurs, déniche l'indicible, soulève les semences de questions soustraites aux battements d’un monde qui va bien trop vite, enlace les aubes tapies sous les vies ordinaires, sauve les mots pâlis au gouffre des lèvres, redresse les fronts blessés du côté visible des choses, déplisse les paupières où s’est écrasé la douleur des jours - la beauté émouvante se roule dans l’herbe en secret du vent et d’ingénus désirs issus des songes s’envolutent peuplant de mots perdus l’obscur de l’à venir - l’escalade des citadelles d’azur est enfin possible

jeudi 15 juin 2017

Hodie, fier


emprisonner une forme de réalité qui explose en un matin et saisit le regard, tenter de retenir les ombres qui avancent dans une lenteur sublime, accepter le silence du temps qui ne semble plus très sûr, écouter les voix de ses envies qui tremblent un peu avant de s'éteindre, cueillir les clapotis d’un rire qui traverse les mondes indifférents, respirer le moment simple celui où la lune est prête à se lever, être dans cette attente juste avant que les mains étonnées serrent en soi la déchirure, puis se tenir  droit, se sentir fier et beau comme un matin d’été

mardi 13 juin 2017

Hodie, crayons


il faut bien trois crayons pour échancrer le cours du jour, trois crayons allant chercher les couleurs à donner aux heures qui nous recouvrent: il faut le rouge trempé de sang pour faire battre les mots au rythme des souvenirs, quand s’éveille l’oiseau à tache rouge chantant sur le muret, il faut le bleu des bouffées d’air frais qui sillonnent la peau quand, au lever du jour, les possibles le sont, et puis le noir de ces ombres dont on ne revient pas, celles qui frémissent et portent un prénom que l’on n’oubliera pas, trois couleurs au creux des doigts

dimanche 11 juin 2017

L'hirondelle rouge

Sur la terre comme au ciel, j'ai suivi quantité de routes. J'ai vécu par ciel bleu, par temps gris. Dans la tristesse et l'insouciance, j'ai porté mon poids de chagrin. Je me suis approché d'autres vies. mais en dépit de mains prises et d'habits froissés, elles sont restées fermées sur leur secret. Quelqu'un se cache dans le corps nu, quelqu'un qui se relève la nuit pour battre la campagne. Quelqu'un qui a soif, ne dort pas, ne s'habitue pas, et que nul ne rejoint jamais.

Il ne fut pas simple d'aimer. Pas simple de faire taire en nous le bavardage des ombres. Toutes nos paroles n'y pouvaient rien. Chacun veut des mots qui délivrent. Chacun attend qu'on lui pardonne. Chacun porte sa nuit dans les poumons et dans la gorge. Chacun guette la fin du voyage en trainant sa valise vers des chambres d'hôtel. Et quand à bout de force il s'endort seul au milieu des rires et des rêves des autres, il entend battre son cœur noir. 

Jean-Michel Maulpoix " L'hirondelle rouge" ( Mercure de France 2017)

jeudi 8 juin 2017

Hodie, rouge coquelicot




























le jour entre ses pétales et l’esprit aussi, sans rien dire, sans froisser l'air, être juste là dans ce matin qui naît d’une lumière sans fard au cœur d’un petit carré de fleurs où l'on se replie jusqu'au rien, où l'on dérive comme éloigné du monde quand se déploient les pieuvres, personne pour juger ou dire ce qu’il faut faire, alors laisser la langue aller dans les mots, croire encore à un horizon de vita nuova au sfumato doré, à des bleus d’air dans les regards, au souffle de sang pulsant entre les tempes, parler dans la langue du coquelicot